Son concept

C’est une action favorisant un processus de changement. Ce processus inclut la participation des acteurs à l’auto-analyse de la situation et à l’identification des éléments qui freinent une modification durable du présent. Ce concept contient aussi la mise en place d’actions correctives.


Son origine

L’enquête participative est une action basée sur les techniques de recherche-action, notamment issue de l’enquête participante.

 

Elle est aussi issue des trainings groups de K. Lewin où les valeurs clés sont l’importance de la démocratie et la dynamique de groupe.

L’expérience de K. Lewin sur la modification du régime alimentaire de ménagère illustre bien ce concept[1]. Selon cette expérience, plus on pousse à l’action sans implication, plus on augmente les résistances. Si, au contraire, on travaille sur l’expression et la diminution des freins, alors on progresse vers de nouvelles habitudes.

 

On retrouve aussi la théorie de l’engagement qui favorise la continuité d’une décision par rapport à un changement d’attitude. Une fois que nous avons pris une décision, nous avons tendance à maintenir cette décision, même si revenir en arrière aurait été préférable.


Sa spécificité

Elle s’appuie sur l’importance des portiers, « personnes relais » qui facilitent l’accès à une population grâce  a l’interconnaissance. Nous ne sommes alors pas ressentis comme des inconnus. Notre action est moins ressentie comme un élément extérieur et plus accueillie comme une dynamique venant de l’intérieur même de la population ciblée.

 

L’apport principal de cette technique d’animation sociale est de favoriser l’acceptation du processus de changement et l’implémentation de modifications durables du présent.

 

Les personnes enquêtées sont représentées dans un échantillon et l’action se déroule sur un espace géographique limitée. Des entretiens individuels caractérisent les premières prises de contacts.


Ses objectifs

1/ Conscientiser par l’éveil de la réflexion et la transformation des pratiques spontanées en utilisant la dynamique de groupe.

 

2/ Responsabiliser par l’identification des besoins et la participation à la mise en place de réponses favorisant le développement social.

Le public devient alors acteur et non plus seulement consommateur de l’action d’animation.


Ses atouts

Cette technique d’animation permet la mobilisation du public et des partenaires autour de difficultés.

 

Le profil des personnes enquêtées est défini en fonction des catégories de personnes concernées par le thème et non en fonction des différentes catégories de la population réelle du terrain. Les minorités concernées ont donc autant le droit à la parole. Les personnes  s’expriment sur ce qui les préoccupent le plus et donne leur propre analyse. Elles indiquent des solutions auxquelles elles pourraient collaborer.

 

Par rapport à la recherche-action, l’enquête participative est moins coûteuse et plus courte. Les résultats sont plus immédiats et cette technique s’adapte parfaitement aux besoins de l’animateur social.


Ses risques

De part l’action de conscientisation, la population, une fois mobilisée, peut devenir autonome par rapport aux choix des actions à mener. Cela est parfois incompatible avec une volonté de contrôle émanant des institutions.

C’est pour cela que ceux sont les institutions qui définissent le thème initial et que les partenaires doivent s’engager à accompagner les projets ensuite définis si besoin. Les partenaires institutionnels favorisent la réussite des actions.

Tout au long du processus, la structure initiatrice de l’action est partie prenante et c’est au travers d’un véritable échange avec le « public cible » que l’action sera durable.

Ses phases opérationnelles

1> Une phase exploratoire
  • Définir le thème initial en accord avec la structure passeuse de commande
  • Réaliser des entretiens avec les personnes ressources de cette structure pour préciser le thème initial et impliquer des partenaires, des élus, des professionnels.

 

2> Une phase active
  • Identifier un échantillon

Cet échantillon privilégie les personnes les plus concernées par le thème et les plus capable de le changer, il ne reflète pas l’opinion de toutes les personnes du site d’intervention.

  • Constituer un guide d’entretien

Réaliser des entretiens individuels avec la population concernée

Ces entretiens aident la population à se positionner sur leurs besoins prioritaires, proposer des pistes d’action et d’évaluer leur propre capacité à agir.

  • Synthétiser les résultats
  • Réaliser un premier feed-back uniquement avec la population (pour favoriser sa libre prise de parole) et présenter les principales préoccupations.

 

3> Une phase de distanciation
  • Réaliser un deuxième feed-back pour mettre en relation l’ensemble de la population avec les professionnels et les institutionnels. C’est à cette deuxième réunion que les actions à entreprendre sont décidées et attribuer à des volontaires appartenant au « public cible ».
  • Poursuite du travail par les volontaires, en lien avec les professionnels, sans l’animateur social.

 

 

[1] C’est Kurt Lewin (1947) qui, pour la première fois, mit en évidence de façon expérimentale les effets puissants de la prise de décision. Celui-ci s’attache à comparer deux stratégies d’influence auprès d’une population de ménagères américaines. L’objectif final est de conduire celles-ci à consommer une certaine catégorie de denrées alimentaires qui ne correspond pas à leur mode de consommation habituel mais qui répond à un besoin en temps de guerre.

 

Une première stratégie de Lewin (groupe expérimental 1) consiste à persuader les ménagères de manière classique en invitant celles-ci à suivre, sous forme de conférences, une réunion de promotion portant sur les denrées en question.

Dans un second groupe expérimental (groupe 2), il réunit également un groupe de ménagères mais cette fois, plutôt que de tenter de les persuader par des spots et autres propagandes, il les amène à venter librement les bienfaits de ces mêmes aliments qu’elles rechignent habituellement à consommer dans le cadre d’un travail de groupe. Il fait en sorte qu’elles s’impliquent de leur plein gré de manière à ce qu’elles découvrent ce nouveau mode de consommation.

 

Les résultats montrent que pour convaincre les ménagères, cette dernière stratégie de communication (induire une implication librement consentie) est largement plus efficace que la persuasion classique utilisée auprès du groupe 1.

Cela signifie qu’impliquer les gens avec leur libre consentement est autrement plus puissant que le discours persuasif.